Je termine tout juste les sept volumes de « À la recherche du temps perdu ». En bonne athlète-lectrice, je ne pouvais ignorer cet Éverest littéraire à escalader. Voilà, mission accomplie. Comment on se sent au sommet? Essouflée par ces longues phrases enjolivées. Impressionnée de la vue en hauteur de cette forêt d’êtres plus vrais que nature. Admirative de tant de capacité à analyser l’esprit humain sous toutes ses facettes : sombre, maladive ou encore ironique et lyrique.
Pour avancer dans « la Recherche », je me devais de laisser de côté toute notion d’intrigue narrative. Il fallait accepter d’entrer dans un univers psychologique qui s’étire en digressions. J’ai dû traverser un passage de 80 pages sur un enfant dans un lit qui ne s’endort pas puis sur un autre présentant des amis de la famille que je ne connaissais pas encore et qui m’indifféraient. Pire, l’un d’entre eux est jaloux pendant près de 200 pages. Autant dire que la montée fût d’abord périlleuse. Un an juste pour le premier livre. Ensuite, ça allait tout seul car enfin, j’étais prise par l’histoire d’amour non-réciproque entre Gilberte et Marcel, par la nostalgie épanchée des belles robes d’antan. J’ai entrepris le second volume sans peine. Je me suis senti ralentir au troisième et au quatrième pour reprendre ensuite vers une finale à ne pas manquer.
Le professeur de littérature et psychanalyste Pierre Bayard, l’auteur du fameux « Comment parler des livres que l’on n’a pas lus? », a écrit sur les digressions de « la Recherche ». On pourrait couper mais la question serait : on coupe où exactement? Bonne question. Certains verraient la suggestion comme un sacrilège et pourtant, on peut être en faveur de la brièveté d’une œuvre afin de lui donner plus d’impact. Quelqu’un serait-il assez courageux pour arriver avec une édition brève de « la Recherche »? Avec sa structure étudiée, sa finale forte, de quoi aurait eu l’air « La Recherche » version allégée au milieu? C’est ce que j’ai le moins savouré mais un autre le trouve peut-être essentiel. D’autre part, de couper,est-ce que ça va à l’encontre du projet de Proust de faire sentir le passage du temps par la longueur du récit?
Les courageux proustiens peuvent questionner mon bon sens ou bien m’abreuver d’insultes, au choix. Je poursuis mon chemin avec un autre bouquin, lu en trois jours celui-là, pour faire changement.

3 comments
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juillet 1, 2008 à 10:02
betisedado
Je suis impressionnée! J’ai souvent contemplé le faire mais il faut dire que ça décourage de les voir quand il y a un beau petit Alexandre Jardin juste à côté…
juillet 2, 2008 à 11:08
julielouise
C’est sûr que ça paraît gros comme entreprise mais on peut se garder un petit quelque chose de léger entre les volumes. Là je me tiens loin des longs romans pour un temps.
juillet 3, 2008 à 6:54
Sylvaine Vaucher
Tout d’abord…bravo…pour ton bac…je croyais que tu avais déserté la toile…et bien non…tu faisais des “recherches” et pas seulement à temps perdus…et en prenant “une madeleine” avec ton sirop d’érable…
J’ai tout Proust en Pléiade…ça se justifie car le lire avec du papier bible le temps se froisse différemment. J’ai aussi un vieux livre Edition Plon 1955 :
Marcel Proust et Jacques Rivière “Correspondance 1914-1922″ Proust dit :
Ses “chers bourreaux” c’est ainsi qu’il appelle ses éditeurs. S’il le dit en plaisantant, il ne leur laisse pas moins entendre qu’il se tue pour eux à travailler contre le Temps. Mais les lettres qu’il échange avec Rivière montrent à quel point il réussit à les faire travailler pour lui et avec lui pour son œuvre.