Ma fille de 8 ans, Loulou, a hérité de sa mère l’envie d’écrire des histoires. Son enseignante était enchantée du grand nombre de phrases imaginatives que compose l’élève et lui a donné un beau 98% en français écrit. C’était avant Noël.
Devant ce beau succès, Loulou a décidé de commencer de petites histoires mettant en scène des animaux parlant. Comme plusieurs écrivains en herbe, elle commence des histoires qu’elle ne termine d’habitude pas. La difficulté est d’autant plus élevée qu’il lui faut illustrer les aventures de ses bestioles en même temps qu’elle écrit. Je lui ai alors conseillé de s’en tenir à une feuille de cartable à double interligne pour l’illustrer plus tard, comme les vrais illustrateurs quand il font un livre à partir du texte de l’auteur. Elle s’est alors empressée de commencer l’histoire d’un perroquet.
Mais il fait quoi, le perroquet? Premier blocage de la page blanche. Je lui suggère que comme l’histoire de Pablo le pingouin qui n’aimait pas le froid, son animal pourrait avoir une personnalité contraire à sa nature d’animal jacassant et flamboyant. Quelque chose qui pourrait le mettre dans le pétrin ou l’emmener à partir à l’aventure pour satisfaire sa nature à l’encontre de ses pairs. Elle considère l’idée. Étant de la génération Harry Potter, elle décide plutôt que l’oiseau subira un envoûtement magique de la part d’un autre perroquet jaloux de lui. Ce choix est probablement une métaphore pour la compétition entre fillettes qui a lieu dans sa classe et les sentiments de jalousie qui s’ensuivent. Elle se transpose en perroquet jaloux ou jalousé, quoi.
Bon, le premier paragraphe, la situation initiale, est donc écrit. Je coache ma progéniture sur le deuxième paragraphe. Là, il faut expliquer comment Zack le perroquet va ensorceler Jack l’autre perroquet. C’est l’élément déclencheur. Elle relit son truc mais les fautes d’orthographes commencent à l’ennuyer. Est-ce que ”avait” a un ‘’s”, un ”t” ou autre chose? Elle n’est pas sûre. Je lui dit de ne pas s’en faire avec les fautes, qu’elle corrigera plus tard.
D’habitude je ne suis pas capable d’écrire avec mon enfant dans les parages. Mais de la voir s’échiner sur son histoire de perroquet me donne le goût de, moi aussi, sortir mon cahier. J’écris deux lignes. ”Maman, quelle magie Zack pourrait utiliser pour envoûter Jack?”. Je réfléchis. Ils sont dans la forêt amazonienne. Il y a plein de plantes aux pouvoirs insoupçonnés qui poussent par là. Zack pourrait certainement trouver quelque chose qui ferait son bonheur. Je fais un trait pour entamer un dialogue dans mon roman. Loulou se questionne: ”Maman, comment écrit-on ”Amazonie”? Je lui épelle le mot. Je regarde mon cahier. J’ai avancé de deux phrases, c’est merveilleux. Finalement, je ne peux effectivement pas écrire quand ma fille est là. Mais, ce n’est pas grave, mère et fille sont à la table de la cuisine, en train d’inventer des histoires ensemble. C’est ça un weekend pluvieux.

2 comments
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avril 18, 2008 à 10:51
sylvaine
J’ai eu un instant peur…que ta plume se soit perdue dans les méandres de l’Amazonie.
avril 18, 2008 à 12:03
julielouise
L’Amazonie ou bien…les aléas de la vie. Mais j’essaie de garder le beat malgré tout. Merci d’être toujours au poste, Sylvaine!