Mon assiduité a porté fruit. Je suis arrivée à remplir mon quota pour le mois d’avril. D’un autre côté, j’ai manqué de dix pages chacun de mes quotas de janvier, février et mars. Je ne peux malheureusement pas rattraper un tel retard mais je peux continuer et tâcher de bien faire pour le mois de mai. Mon histoire s’avance tout juste là où l’action transformative s’engage réellement. Je suis en train d’écrire le coeur de l’aventure, ce vers quoi je tends depuis décembre dernier. Je me sens de plus en plus habitée par mon histoire.

 

Bien que je suis un plan écrit d’avance, je me laisse aussi entraîner en cour de chemin par des surprises de l’imagination. Faute de savoir exactement ce qu’un personnage doit faire ou ce que contient un lieu, je dois inventer sur-le-champ, sans trop m’en faire avec les bizarreries produites par mon cerveau. Certaines pages me surprennent par le génie qu’elles révèlent (hum-hum) et d’autres me plongent dans une déprime d’un jour ou deux tant elles sont banales. Je sais quel travail de réécriture m’attend. Je préfère ne pas trop y penser pour le moment. L’essentiel est que tous mes personnages importants ont maintenant été introduits sur la page, leur univers expliqué au moins en survol et les lieux, vitaux dans mon histoire, ont été topographiés. L’héroïne de l’aventure peut à présent devenir ce qu’elle doit devenir.

 

Qui est cette héroïne? Mon personnage emprunte des comportements que j’ai et vit des événements que j’ai vécu. Le résultat pourtant n’est qu’un moi imaginé. À date, la grande majorité des scènes sont entièrement inventées. Je fais un collage de personnages non pas pour faire ma propre psychanalyse mais pour partager un univers où les idées ont leur place.

 

 

Le jeudi des nouveaux arrivages survient enfin. Je fais le tour des tables dans ma librairie préférée. Rien ne me tente vraiment sauf 2666 de Roberto Bolaño, récent de quelques semaines. Les briques réputées difficiles m’attirent ces temps-ci et 2666 en est une, à 1015 pages. Ce livre est publié de manière posthume et considéré comme un futur classique mondial. Il vient juste d’être traduit en français. L’histoire fait référence aux meurtres en série non résolus qui ont réellement lieu dans une ville de la frontière américaine-mexicaine.

 

Malheureusement, le volume coûte 54.95$ dans son édition grand format, une petite fortune même si c’est probablement le prix d’un simple café à Paris, environ la moitié d’un volume de la Pléiade. L’édition en anglais, quant à elle, n’a pas encore été traduite. Ça sortirait en novembre 2008. Le hic c’est que le livre en anglais coûtera 24 $ de moins que l’édition en français. Considérant que j’ai encore Les Bienveillantes à lire, un roman pas reposant avec ses nombreux personnages aux titres d’officiers Nazis difficiles à mémoriser, je me demande si je pourrais attendre patiemment l’édition en anglais. En même temps, je dois finir À la recherche du temps perdu avant mes 30 ans, donc, faut se grouiller.

 

Je pourrais aussi faire un petit sacrifice, utiliser mes dollars Raffin (l’équivalent de monnaie Canadian Tire pour bibliophiles) et acheter l’édition en français. Chaque achat chez Raffin me vaut de collectionner la précieuse monnaie dans une enveloppe, de la compter et de la recompter dans mes temps libres. J’en ai présentement pour 7.30$.

 

Mmm, j’achète ou j’attends?

Bon, j’ai mis à jour la section ”À propos” avec quelques faits surprenants à mon sujet (et d’autres sans doute moins surprenants) afin de donner un caractère plus personnel à mon profil.

Ma fille de 8 ans, Loulou, a hérité de sa mère l’envie d’écrire des histoires. Son enseignante était enchantée du grand nombre de phrases imaginatives que compose l’élève et lui a donné un beau 98% en français écrit. C’était avant Noël.

 

Devant ce beau succès, Loulou a décidé de commencer de petites histoires mettant en scène des animaux parlant. Comme plusieurs écrivains en herbe, elle commence des histoires qu’elle ne termine d’habitude pas. La difficulté est d’autant plus élevée qu’il lui faut illustrer les aventures de ses bestioles en même temps qu’elle écrit. Je lui ai alors conseillé de s’en tenir à une feuille de cartable à double interligne pour l’illustrer plus tard, comme les vrais illustrateurs quand il font un livre à partir du texte de l’auteur. Elle s’est alors empressée de commencer l’histoire d’un perroquet.

 

Mais il fait quoi, le perroquet? Premier blocage de la page blanche. Je lui suggère que comme l’histoire de Pablo le pingouin qui n’aimait pas le froid, son animal pourrait avoir une personnalité contraire à sa nature d’animal jacassant et flamboyant. Quelque chose qui pourrait le mettre dans le pétrin ou l’emmener à partir à l’aventure pour satisfaire sa nature à l’encontre de ses pairs. Elle considère l’idée. Étant de la génération Harry Potter, elle décide plutôt que l’oiseau subira un envoûtement magique de la part d’un autre perroquet jaloux de lui. Ce choix est probablement une métaphore pour la compétition entre fillettes qui a lieu dans sa classe et les sentiments de jalousie qui s’ensuivent. Elle se transpose en perroquet jaloux ou jalousé, quoi.

 

Bon, le premier paragraphe, la situation initiale, est donc écrit. Je coache ma progéniture sur le deuxième paragraphe. Là, il faut expliquer comment Zack le perroquet va ensorceler Jack l’autre perroquet. C’est l’élément déclencheur. Elle relit son truc mais les fautes d’orthographes commencent à l’ennuyer. Est-ce que ”avait” a un ‘’s”, un ”t” ou autre chose? Elle n’est pas sûre. Je lui dit de ne pas s’en faire avec les fautes, qu’elle corrigera plus tard.

 

D’habitude je ne suis pas capable d’écrire avec mon enfant dans les parages. Mais de la voir s’échiner sur son histoire de perroquet me donne le goût de, moi aussi, sortir mon cahier. J’écris deux lignes. ”Maman, quelle magie Zack pourrait utiliser pour envoûter Jack?”. Je réfléchis. Ils sont dans la forêt amazonienne. Il y a plein de plantes aux pouvoirs insoupçonnés qui poussent par là. Zack pourrait certainement trouver quelque chose qui ferait son bonheur. Je fais un trait pour entamer un dialogue dans mon roman. Loulou se questionne: ”Maman, comment écrit-on ”Amazonie”? Je lui épelle le mot. Je regarde mon cahier. J’ai avancé de deux phrases, c’est merveilleux. Finalement, je ne peux effectivement pas écrire quand ma fille est là. Mais, ce n’est pas grave, mère et fille sont à la table de la cuisine, en train d’inventer des histoires ensemble. C’est ça un weekend pluvieux.

Je n’ai absolument pas fêté quelque résurrection que ce soit sauf la mienne. J’émerge à peine de ce long weekend où je me suis terrée dans mon apartement. Je suis très douée pour la réclusion…volontaire, bien entendu. C’était le moment idéal pour écrire, ce que j’ai fait sans toutefois atteindre mon nombre idéal de pages. Dix pages par jour aurait été Stephenkingesque mais, que voulez-vous, j’avais des films de samouraï à écouter. Je suis quand même contente d’avoir avancé considérablement le travail de mon manuscrit avec mes quinze pages écrites.  

Comme plusieurs carnettistes d’inspiration littéraire, j’ai lu avec plaisir cet article de Nicolas Ritoux qui m’a connecté à de nouveaux blogues d’auteurs. C’est entendu, le lecteur peut parfois devenir auteur et l’auteur est règle générale un lecteur. On ajoute à ce mélange le rôle de carnettiste et ça rend les choses vraiment excitantes pour le fait littéraire partout dans le monde. Le nombre d’auteurs à découvrir devient alors exponentiel. L’idée d’une communauté de lecteurs/auteurs sur le net m’enthousiasme.

J’aime écrire et recevoir des commentaires de gens qui partagent cette même passion de lire et d’écrire. C’est trop facile de se sentir isolée de ses semblables, les rats de bibliothèque (ou de librairies) alors qu’on est tous trop occupés à bouquiner. Je n’ai jamais commencé à piquer une jasette avec un client de librairie et ça me rendrait mal à l’aise de faire ça dans le but de trouver l’âme-sœur littéraire. Alors, le blogue littéraire, c’est super.

Toujours sur Cyberpresse, la chronique dominicale de Chantal Guy vient toucher un sujet qui me questionne ces temps-ci et donc, qui tombait vraiment à pic. Si vous suivez l’actualité littéraire des dernières semaines, vous savez que deux témoignages vrais publiés ces dernières années ont été démasquées. Ce sont donc de fausses vraies mémoires heureusement mises à jour par de vrais critiques de faux témoignages. C’est clair? Ces événements viennent remettre en cause la nature de la fiction et du documentaire et de son emploi. On a le choix: embellir la réalité ou rendre plus réelle la fiction. C’est peut-être pour ça que beaucoup choisissent l’auto-fiction.

Dans la chronique de madame Guy, une écrivaine québécoise (on peut dire ‘écrivaine’ au Québec) disait que ‘dans le passage à l’écriture, le réel devient toujours de la fiction.’ C’est une réflexion que tout créateur pourrait valider, je pense. On peut toujours s’inspirer de l’imaginaire, c’est sûr. Mais, le réel est souvent la passerelle vers l’imaginaire. Ça peut devenir inquiétant si on cherche à explorer un thème, une psychologie de personnage ou bien un événement vécu tout en voulant s’éloigner du fait qui vient nourrir notre roman à la base. Comment faire pour traduire un fait ou une personne réel(le) et le (la) rendre assez inventé(e) pour que cela n’occasionne pas de réprimande de la part d’un ami ou d’un membre de la famille? Ça m’arrive présentement alors que j’écris la première version de mon premier roman. J’y reviendrai bientôt.

Jeudi Saint, dernier jour travaillé avant le congé de Pâques. J’ai déjà fait de ma journée une des plus productives de ces temps-ci avec presque six pages écrites ce matin.

J’ai tout de même eu une excellent semaine et on dirait que ça paraît au bureau car ma patronne me trouve l’air allumé. Évidemment, elle ne sait pas pourquoi et si je lui disais que c’est parce que j’ai dépassé mon quota de pages à écrire cette semaine, elle se demanderait d’où je sors. Deux théières de Bocha Karigane bien infusé cette fois, car j’ai tendance à gâcher le thé en le mettant dans une eau trop brûlante, m’ont accompagnée dans mon travail. Eh que ça fait donc rituel romantique et austère d’écrivain. Sérieusement, c’est pas pour me donner un genre.

J’aime le thé depuis quelques années maintenant. C’est pas demain matin que je me mettrai à manger des fruits pourris; que qui lit, comprenne. Comme toujours, je me suis arrêtée au début de la prochaine scène, histoire de ne pas rester bloquée devant l’abîme d’une transition entre deux points forts la prochaine fois que j’ouvrirai mon manuscrit.  Pour me récompenser, je suis allée acheter le folio fraîchement atterri au Québec des Bienveillantes chez Raffin alors que les arrivages du jeudi venaient juste d’être placés dans la vitrine. J’aime les jeudis dans les librairies. Faut vraiment pas me prendre pour modèle pour ce qui est de donner un compte-rendu de lecture rapide des plus nouveaux romans. Je dis que je suis une grosse lectrice mais, je lis tranquillement cent pages par semaine pour un total d’environ quinze livres par année. C’est pas comme cet homme de lettres qui lit cinq romans par semaine. Je ne peux donc pas mettre à jour ce carnet avec les deux-trois nouveautés que j’ai lu durant la semaine car, il n’y en a pas. Je suis toujours en retard sur les parutions.  Vendredi Saint, du poisson, et encore de l’écriture parce que je veux donner un p’tit coup de coeur pendant ces quatre belles journées venues du ciel.  

Ceux qui me connaissent bien savent que l’anglais est ma langue adoptive. Soit je l’ai adoptée ou bien c’est cette langue qui m’a prise sous son aile mais, ce que je peux dire c’est que je ne suis pas simplement bilingue. I’m in love with English. Qui l’eut cru? Moi qui ai apprise cette langue un peu sur le tard, à 18 ans.

Je me souviens de ma décision basée sur un coup de tête romantique, en passant devant le portail impressionnant de l’université McGill, de fréquenter cette école et d’y apprendre bon an mal an une langue que personne dans mon entourage ne parlait. Les premiers mois d’immersion furent éprouvants, j’en avais mal à la tête à tous les soirs.   

Mon premier été avant de commencer l’université, j’étais déjà si excitée de la possibilité d’élargir mon bassin de lecture que je me suis plongée dans des essais sur la spiritualité néo-païenne en anglais et inexistants en français. À la première session, j’essayais d’entrer dans ‘Jane Eyre’ de Charlotte Brontë, là où les personnages victoriens ‘fasten the door’ au lieu de ‘close the door’ et ‘fetch the doctor’ au lieu de ‘get the doctor’.  Je commençais à réconcilier les différents registres de l’anglais : du littéraire moderne au littéraire du 19e et du parler académique de mes professeurs au cafouillage rapide et quasi-incompréhensible de mes congénères étudiants (‘d’younidabag?’ pour ‘do-you-need-a-bag?’ appris en cours d’anglais). J’ai fini par m’y retrouver jusqu’à me faire initier aux accents britanniques standard, cockney et pikey grâce au film ‘Snatch’ regardé avec des sous-titres et à l’accent afro-américain grâce aux shows d’humoristes Noirs (pas d’humour noir, on s’entend mais des humoristes à la peau noire). Le copain ontarien aide aussi à ne pas confondre ‘grapes’ et ‘grapefruit’, deux fruits dont le jus en bouteille n’est pas pareil du tout, croyez-moi. 

Ce qui donne comme résultat que je ne peux me passer de l’anglais et, surtout, de lire en anglais. J’écris un anglais comme quelqu’un d’éduqué dont c’est la langue maternelle. Ma conversation anglaise est généralement à peu près impeccable même si la fatigue ou le stress de se retrouver dans un groupe peuvent diminuer mon niveau jusqu’à avoir l’air complètement niaiseuse. L’enrichissement personnel de pouvoir communiquer dans les deux langues est incroyable. Quand je pense à tous les classiques de la littérature anglaise et autres ouvrages dans cette langue qui sont non-traduits et auxquels j’ai accès, j’en pleure presque de joie. C’est probablement le plus beau cadeau que je me suis fait.        

Un de mes plus grands plaisirs étant enfant était de sélectionner un livre dans le catalogue du club de lecture de ma mère. Comme elle achète presque tout ce qui lui est suggéré, elle avait décidé un beau matin de s’abonner à Québec Loisirs. Elle en a bénéficié pendant quelques mois jusqu’à ce qu’elle se mette à me passer le catalogue. À chaque début de saison, quand le catalogue arrivait par la poste, je choisissais un livre qu’elle me commandait, opération périlleuse que d’arrêter son choix parmi toutes ces offres. De cette façon j’ai obtenu au fil des ans toute la collection des Tintin, des encyclopédies, des livres d’anecdotes, des atlas historiques, des biographies de princesses, un ensemble de tarot et des témoignages de faits vécus. Ce grand bonheur s’est terminé quand j’ai quitté la maison à 17 ans et où ma mère a décidé de cesser son abonnement au club.

 Juste après Noël, j’ai décidé de m’abonner moi-même au club de lecture de mon enfance. Il est difficile de se procurer de bons livres à couverture rigide lorsqu’ils sont en français. Ce n’est pas comme en anglais où on peut acheter le ”hardcover” puis attendre un an pour le ”paperback” si on veut payer moins cher. Les livres grands formats sortent en couverture souples et coûtent très chers, surtout s’ils viennent de France. Pour le même prix, je peux acheter un ”hardcover” en anglais. Un des atouts de Québec Loisirs est que la plupart des livres sont des couvertures rigides, avec une attrayante reliure et à un prix raisonnable. Je peux donc poursuivre la construction de ma bibliothèque de beaux volumes. En plus de ça, je retrouve le plaisir gravé dans mon cerveau limbique de choisir un livre dans le catalogue puis de le recevoir, tout neuf, et de le sentir. Ensuite, je le lis, évidemment. Mais il faut le sentir avant.

 Maintenant, juste avant de m’abonner, j’ai regardé la sélection du club. Ce qui me décevait est qu’il y a beaucoup de littérature populaire avec polars et romans à l’eau de rose. J’ai peut-être l’air snob avec Proust mais, je n’ai vraiment rien contre la littérature populaire. Je n’en lis pas beaucoup et pourtant, quand cela me chante, je peux attraper un roman d’horreur qui se lit vite, par exemple. Je préfère toutefois les classiques. Le catalogue de printemps vient de sortir et quelle ne fût pas ma joyeuse surprise de voir qu’on y avait mis un beau volume de ”Guerre et paix”. Malheureusement, je me suis rendu compte qu’il s’agissait d’un édition réduite de 960 pages. Vous vous demandez ce qui est réduit là-dedans? C’est que le livre de Tolstoï fait autour de 2000 pages. Il est généralement en deux tomes dans ses diverses éditions. J’imagine qu’on a dû couper dans la tirade philosophique sur la guerre et/ou diverses scènes de bataille. Je comprends qu’on ait voulu ”resserrer l’action”, comme ils disent mais, si le livre a été écrit pour faire 2000 pages, je ne peux pas me résoudre à le relire à 960 pages et manquer ainsi des passages considérés comme importants pour le tout, même s’ils ralentissent l’action. De toute façon, comme l’écrivait un commentateur du texte dans l’édition Le Livre de Poche, ”Guerre et paix” n’a pas été écrit pour être un roman dans le sens où l’intrigue prend la plus grande part mais aussi comme un essai. En tous cas, ce volume de Québec Loisirs est tentant pour moi mais, j’haïs qu’on ait décidé de couper dans les pages.

 La deuxième affaire qui gâche mon plaisir est quand les commentateurs/éditeurs de classsiques croient que, parce que le livre qu’ils ressortent est un classique, ses lecteurs en connaissent tous l’intrigue. Je suis désolée mais, je ne savais pas et NE VOULAIT PAS SAVOIR NON PLUS ce qui arrivait à Albertine dans ”Albertine disparue” alors que je suis en train de lire ”La Prisonnière”. Je ne suis pas idiote, je peux saisir par le titre du sixième volume que Albertine disparaît mais, je n’avais aucune idée de quelle façon elle le faisait. Puisque je lis les notes dans le texte, j’apprends dans la note de la page 111 de quelle manière la compagne de Marcel disparaît un tome plus loin. Je trouve cela bien dommage. Ce n’est pas parce que l’intrigue avance lentement qu’il faut gaspiller l’excitation de savoir ce qui se passe ensuite dans ce roman-fleuve qui déblatère bien assez déjà. Qu’on nous laisse donc découvrir par nous-même de quelle façon Marcel va devenir écrivain, de quelle façon Albertine la prisonnière va disparaître ou qui St-Loup va épouser (une autre surprise déjà gâchée). Donc, Gallimard me fait chier.

Mon travail requiert parfois que j’aille rencontrer des détenues à la prison pour femmes. En voulant vérifier le meilleur chemin pour m’y rendre en cette journée ensoleillée mais pleine d’angoisse pour une certaine personne se trouvant en cet établissement, je google le nom de la prison, ”Maison Tanguay”. Le deuxième résultat de la recherche est la page d’un beau Couette & Café ontarien qui s’appelle aussi Maison Tanguay. Chose certaine, ça doit être bien plus plaisant de résider dans cette maison-là que dans la première. J’imagine un party d’employés de la prison se réunissant là-bas à la blague.

 Comme je traîne toujours mon Proust dans ma petite sacoche, j’aurai avec moi le cinquième tome de La Recherche que j’ai commencé il y a peu de temps et qui s’intitule assez judicieusement pour l’occasion, La Prisonnière

Bon, bon, bon. Je pars un carnet et je m’arrête après deux billets. C’est pas fort, ça. C’est en fait une mauvaise habitude car en plus d’un carnet, j’ai un journal intime depuis l’âge de 11 ans et j’ai toujours pris de longues pauses entres les jours où j’ai écrit. Avec une dizaine de cahiers maintenant, j’aurais pu en écrire le double si j’avais été un tant soit peu dilligente. Avec un carnet en plus (et un roman), je me complique vraiment la vie.

 Mon exploit d’il y a deux semaines n’a pas été répété la semaine dernière. En fait, j’écris peu ces jours-ci. Comme toute bonne résolution sérieuse, c’est un véritable défi que de continuer dans la bonne voie, avec une motivation constante. Je continue pourtant, malgré toutes les responsabilités dont j’ai à m’occuper et les bonnes idées qui pourraient me faire faillir. Je n’abandonne pas ce projet, je ne fais que ralentir car je m’aperçois que je ne peux pas continuer à le soutenir à chaque semaine avec la même énergie.

 Avoir l’énergie, c’est une vraie bataille. La réalité de la plupart des créateurs c’est qu’il y a la job, le couple, les enfants et autres soucis quotidiens. Je prends pour modèle cette carnettiste. Parfois je sens que j’ai à peine l’énergie de me soutenir moi-même à la base, simplement pour fonctionner. Ajoutons à cela les diverses responsabilités à travers lesquelles il me faut faire une petite place, toute petite, pour l’écriture et on voit que l’exercice demande une passion indéfectible.